La Famille franciscaine fête ses 800 ans. En 1209 le pape Innocent III approuve la Règle de saint François
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Encyclique du fr. Elie

De Wikitau.

Frère Élie d’Assise , Vicaire général

LETTRE ENCYCLIQUE SUR LA MORT DE SAINT FRANÇOIS


Il appartenait au responsable de l’Ordre d’annoncer officiellement à tous les frères la mort de saint François. Ce responsable était alors frère Élie d’Assise (1170 env.-1253), vicaire général depuis 1221.

Il envoya un «faire-part» à chaque ministre provincial. Un exemplaire en a été retrouvé, au couvent de Valenciennes : l’exemplaire qui avait été envoyé à Grégoire de Naples, provincial de France de 1223 à 1233. Le texte en fut publié en 1620 à Anvers.

Elie avait dû préparer cette lettre de longue date, bien avant la mort de saint François. Il savait quel retentissement aurait l’annonce du miracle des stigmates, et il désirait que son style fût à la hauteur de l’événement. D’où l’accumulation d’images, d’emprunts et de citations. C’était alors la loi du genre : que l’on compare avec la lettre encyclique des moines de Marmoutiers sur la mort de leur abbé Bernard, ou avec les lamentations de saint Bernard sur la mort de son frère Girard, ou encore avec la lettre écrite en 1171 par Pierre de Blois sur le meurtre de saint Thomas Becket … «Personne, en lisant cette lettre, dit Lempp, ne la prendra pour la première effusion d’une grande douleur ». Quoi qu’il en soit, nous avons là le plus ancien témoignage écrit, et la plus ancienne description, des stigmates de saint François.


1. A Grégoire, ministre des frères de France, mon frère bien-aimé dans le Christ ; à tous les frères de Grégoire, qui sont aussi nos frères ; frère Elie, pécheur, salut !

2. Je n’ai pas encore commencé à parler, déjà je soupire. Non sans raison ! Mes gémissements sont comparables au déferlement des inondations, car ce que je craignais tant m’est arrivé, à moi mais aussi à vous ; le malheur que je redoutais s’est abattu sur moi, sur moi et aussi sur vous. En effet, notre consolateur s’en est allé, le pasteur qui nous portait dans ses bras comme des agneaux a quitté cette terre pour s’en aller dans un pays lointain.

Aimé de Dieu et des hommes, il a été accueilli dans le palais des lumières, après avoir enseigné à Jacob les principes de la vraie vie et de la vraie science, après avoir transmis à Israël l’alliance de la paix. Soyons heureux pour lui, mais quelle souffrance pour nous, plongés dans les ténèbres et engloutis dans l’ombre de la mort, maintenant qu’il nous a quittés. Immense perte pour tous, mais épreuve particulière pour moi, qu’il a laissé environné de ténèbres, assailli de multiples soucis et accablé d’innombrables tourments. Aussi, je vous en supplie, mes frères, prenez part à ma douleur, car je souffre trop ! Et moi je souffre avec vous, car nous voilà maintenant tous orphelins et privés de la lumière de nos yeux.

3. Une lumière, oui vraiment telle était la présence de notre père et frère François, non seulement pour nous ses proches, mais aussi pour ceux que leur profession et leur vie maintiennent loin de nous. Il était cette lumière émanée de la vraie Lumière, éclairant, pour guider leurs pas sur la route de la paix, ceux qui vivaient dans les ténèbres et qui étaient assis à l’ombre de la mort. Il remplit son rôle de lumière avec la puissance d’un soleil de midi : le vrai Soleil levant illuminait d’en-haut son cœur et embrasait sa volonté du feu de son amour. François prêcha le royaume de Dieu, ramena vers les fils le cœur de leurs pères, convertit les insensés à la sagesse des justes, et ainsi prépara, dans le monde entier, un peuple nouveau pour le Seigneur. Sa renommée s’est répandue jusqu’aux îles lointaines, et le monde entier, devant ses œuvres merveilleuses, fut stupéfait d’admiration.

4. Que votre chagrin, mes fils et mes frères, ne dépasse pourtant pas la mesure, puisque Dieu, père des orphelins, saura nous envoyer sa sainte consolation. Si vous pleurez, frères, pleurez sur vous-mêmes, non sur lui. Nous, bien que vivants, nous sommes dans la mort; lui, pour sa part, est passé de la mort à la vie. Soyez heureux à la pensée qu’avant de nous être ravi, il ait béni tous ses fils, comme un autre Jacob, et qu’il ait pardonné à tous les fautes commises contre lui, en acte ou en pensée, par tel ou tel d’entre nous .

5. Cela dit, je vous annonce une grande joie et un miracle inouï. Jamais on n’a entendu parler d’un tel signe, sauf pour le Fils de Dieu, le Christ Seigneur.

Peu avant sa mort, notre père et frère nous est apparu crucifié son corps présentait cinq plaies qui sont vraiment les stigmates du Christ. Ses mains et ses pieds, en effet, portaient pour ainsi dire les trous des clous; la chair en était transpercée de part en part, laissant apercevoir le clou noir et conservant, tout autour, trace de la blessure. Le côté semblait avoir été percé par une lance et souvent laissait couler du sang.

6. Tant que l’esprit anima son corps, son extérieur n’avait rien de remarquablement beau mais inspirait la pitié, car aucune partie de son corps n’était exempte d’intolérables souffrances; la contraction des nerfs avait même rendu ses muscles rigides comme ceux d’un cadavre. Mais voilà qu’après sa mort il a retrouvé un aspect très beau, une peau d’une blancheur admirable qui réjouissait la vue. Bras et jambes, auparavant raidis, étaient devenus très souples, on pouvait les manœuvrer facilement de côté et d’autre, comme s’il s’était agi d’un jeune enfant.

7. Bénissez donc, mes frères, le Dieu du ciel et louez-le devant tous les hommes, car il a montré sa bonté à notre égard. Conservez le souvenir de notre père et frère François, pour louer et glorifier Celui qui l’a rendu grand parmi les hommes et glorieux aux yeux des anges. Priez pour lui, comme il l’avait lui-même demandé auparavant. Mais priez-le aussi, priez-le pour qu’avec lui Dieu nous fasse participer à sa sainte grâce. Amen.

8. A la première heure de la nuit qui précéda le dimanche quatre octobre, notre père et frère François s’en est donc allé vers le Christ. Vous qui recevez cette lettre, mes très chers frères, imitez le peuple d’Israël pleurant la mort de Moïse et d’Aaron, ses deux guides admirables, et laissez couler vos larmes, privés que vous êtes maintenant de la douce affection d’un tel père.

9. Il est aussi fraternel de nous réjouir avec François que de le pleurer : nous réjouir avec lui, car il n’est pas disparu : il est parti, bien muni d’argent, au marché du ciel dont il reviendra à la pleine lune ; le pleurer, parce qu’il nous a été arraché, celui qui allait et venait au milieu de nous comme Aaron ; celui qui avait toujours du neuf et de l’ancien à puiser dans son trésor pour nous en faire profiter, celui qui nous consolait au milieu de nos épreuves ; il nous a été arraché, et nous restons orphelins. Mais il est écrit : Le pauvre n’a plus que toi, tu es le secours de l’orphelin. Aussi, frères très chers, priez avec insistance pour que, ce vase d’argile brisé dans la vallée des fils d’Adam, le Souverain Potier daigne le refabriquer glorieux pour le brandir bien haut, comme une enseigne, devant notre peuple, et pour qu’il nous précède au combat, comme un vrai Macchabée.

10. Et, puisqu’il est utile de prier pour les morts , priez le Seigneur pour son âme. Chaque prêtre célébrera trois messes ; chaque clerc récitera le psautier ; les frères convers réciteront cent cinquante 'Pater' ; dans chaque communauté les clercs chanteront solennellement Matines des Défunts. Amen.


Les Éditions Franciscaines de Paris autorisent Wikitau à reproduire intégralement les Écrits de François et de Claire, moyennant le rappel du Copyright.
Copyright : Éditions FranciscainesParis, S. François d'Assise, Documents"(1981)
(traduction fr. Damien Vorreux, ofm)
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